ASSURANCE SUR LA MORT

Double Indemnity – 1944
Un film de Billy Wilder
avec Fred MacMurray, Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson

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Assurance sur la mort posterL’intrigue

Walter Neff, un employé d’une compagnie d’assurances, tombe amoureux de sa cliente Phyllis Dietrichson qui réussit à le convaincre d’échafauder avec elle un plan pour supprimer son mari encombrant et violent et ainsi partager avec elle l’assurance-vie de ce dernier. Walter Neff, dont le meilleur ami Barton Keyes est un fin limier qui enquête sur les fraudes à l’assurance dans la même compagnie que lui, pense avoir trouver le plan parfait pour faire passer un meurtre pour un accident. Mais les choses ne se termineront pas comme prévu.

 

assurance sur la mort


« I wonder if I know what you mean… »

Quelques années après son arrivée aux États-Unis, Billy Wilder n’aura pas manqué de se faire rapidement repérer, décapant plus tard le cinéma américain classique, comme son homologue allemand ayant fui le nazisme, Fritz Lang. Troisième film hollywoodien, Assurance sur la mort programme la carrière d’un réalisateur profondément porté sur l’enquête de l’amoralité américaine, scannant, notamment au travers du film noir, une société en pleine dérive. Le cinéma de Billy Wilder rime souvent avec le tragique, l’absence d’échappatoire, une issue déjà connue (ici, la narration en flashback, préfigurant déjà Boulevard du Crépuscule) et la trajectoire incertaine d’anti-héros, traitée sans romantisme. L’assurance, c’est le cas de le dire, d’un immense film noir qui n’a pas perdu une once de sa modernité, et a largement participé à l’instauration de nouveaux canons, dramaturgiques comme esthétiques.

assurance sur la mort 2

Le noir selon Wilder, éloigné des archétypes plus grandiloquents, est emprunt, peut-être plus qu’un autre, d’un profond réalisme.

Le contexte professionnel choisit par Wilder (qui co-adapte l’écrivain James M. Cain avec Raymond Chandler – créateur du détective Philip Marlowe) traduit déjà la vision d’une certaine Amérique : celle des assurances, des placements, des paris implicites sur la vie et la mort ; in fine, celle d’un argent sale et de la corruption morale, inéluctable. Le couple du film évoque éventuellement un rejet du glamour trop codifié, entre Fred MacMurray, everyday man peu palpitant, loin des icônes bogartiennes, et Barbara Stanwyck, décadente et déjà amorale, d’abord sublimée dans un dénudé par la caméra de Wilder, finalement traitée avec une vulgarité délicieuse. Le noir selon Wilder, éloigné des archétypes plus grandiloquents, est emprunt, peut-être plus qu’un autre, d’un profond réalisme – l’histoire était par ailleurs inspirée d’un fait divers. « Tout devait renforcer le réalisme de l’histoire »[1] confiait-il lui-même. Assurance sur la mort se fait le miroir d’une nouvelle Amérique (alors en guerre), confrontant la superficialité de l’American way of life (Fred McMurray) à ses démons tentateurs (Barbara Stanwyck) et ses garants de la morale (Edward G. Robinson, à deux doigts de voler la vedette du film).

assurance sur la mort 5Assurance sur la mort a poussé une génération de cinéma américain à s’intéresser à l’amoralité de ses héros, aux résonances poursuivies évidemment chez Alfred Hitchcock, dans L’Inconnu du Nord-Express (aussi d’après un scénario de Raymond Chandler), mais également dans Le Génie du mal de Richard Fleischer, où deux étudiants tentent de commettre, par pur plaisir comme pour tromper l’ennui, le crime parfait. Dans la pénombre du film noir, Billy Wilder tâtonne les limites de cette déviance d’une société en roue libre ; elles seront certainement atteintes en 1951 dans Le Gouffre aux chimères, remettant cette fois-ci en question les fondements moraux d’un autre pilier américain, le journalisme. Loin de Wilder l’idée de cracher sur sa terre d’accueil (il a été naturalisé en 1939), mais il est fasciné par ses paradoxes, tout en tirant des leçons de l’Europe qu’il a auparavant laissée derrière lui, en plein effondrement.

DOUBLE INDEMNITY (1944)

Billy Wilder fait traduire à son compositeur, le grand Miklós Rózsa, toutes ces dissonances d’une manière littérale. Au diable l’ambiance jazzy, ici c’est un étau, inconfortable (au point d’avoir largement fait douter le directeur musical de Paramount Pictures), qui resserre la tragédie, l’issue connue d’avance (puisque Wilder ne joue pas sur le mystère). Celle-ci s’appose sur des images incroyablement sculptées, mais formellement plus sages, car plus réalistes, que les excès graphiques des Tueurs de Robert Siodmak (autre Allemand expatrié ayant exulté le film noir). Cette dissonance génère une implication instinctive dans le récit qui dépasse l’empathie traditionnelle pour les personnages : après tout, ils sont plutôt méprisables – et en payeront le prix, à notre grand dam, génial paradoxe. Wilder a par ailleurs tourné une scène finale d’exécution en chambre à gaz, coupée du montage, car jugée trop lourde pour un constat qui aura déjà été largement saisi par le spectateur. L’assurance sur la mort du titre français n’est peut-être pas celle que l’on croit, ou alors est-ce plutôt l’assurance de la mort, et, forcément, sa clause double indemnité, tant qu’à faire.

Assurance sur la mort ressort en version restaurée au cinéma le 31 janvier 2018, distribué par Les Acacias.

[1] Conversation avec Billy Wilder, Cameron Crowe, 2004, Acte Sud, Institut Lumière.

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