Terreur sur le Britannic (1974), thriller efficace à réévaluer

Flop commercial à sa sortie, film oublié depuis, Terreur sur le Britannic (Juggernaut en Anglais) a aussi pâti du déficit d’attention dont souffre la carrière (inégale) de Richard Lester. Sa réédition en version restaurée offre néanmoins l’opportunité de redécouvrir un thriller qui a peut-être été injustement traité, plus efficace qu’il n’y paraît, et surtout accompagné d’un remarquable casting.

On a surtout retenu du cinéaste Richard Lester ses deux films avec les Beatles, A Hard Day’s Night (1964) et Help (1965). Américain d’origine, Lester a construit néanmoins une partie significative de sa carrière au Royaume-Uni, à la télévision dans un premier temps, puis au cinéma, au passage auréolé d’une Palme d’Or totalement oubliée, Le Knack… et comment l’avoir (1965). De la même manière, on ne peut pas dire que Terreur sur le Britannic ait marqué les esprits, que ce soit à sa sortie en 1974, ou même depuis. Cependant, on peut aujourd’hui y retrouver un artisanat certain, thriller solide et prenant, certes pas toujours ambitieux et parfois boiteux, mais largement à reconsidérer au vu de sa réception.

À l’instar de Superman II (1980) où il remplacera Richard Donner au pied levé, Lester aborde Terreur sur le Britannic après deux défections des précédents réalisateurs, Bryan Forbes et Don Medford. Inspiré par un fait divers à bord du paquebot Queen Elizabeth II, qu’un déséquilibré avait prétendu avoir piégé avec des bombes, réclamant une rançon, Terreur sur le Britannic semble aussi, a priori, vouloir capitaliser de manière plutôt opportuniste sur le colossal succès de L’Aventure du Poséidon, sorti deux ans plus tôt. Cependant, le projet, bien plus minimaliste, s’en éloigne assez significativement, ayant tendance à davantage lorgner du côté des thrillers parano ou anxiogènes d’alors. Quand Lester prend en main le projet, il fait remanier le scénario – apparemment assez médiocre – par le dramaturge et scénariste Alan Plater. Celui-ci injecte, comme le rappelle Nicolas Saada en bonus de l’édition, un background réaliste des personnages, en faisant de la sorte autre chose que des personnages-fonctions. Avec ces personnages un peu quotidiens, assez banals même, on pourrait se demander si à certains égards, le film ne préfigure pas des démarches similaires entreprises lors de la même décennie dans Les Dents de la mer (1975) ou Alien (1979).

Juggernaut (3)

Ainsi, Terreur sur le Britannic est construit autour de quatre personnages principaux, le commandant du navire (Omar Sharif), un inspecteur de police (Anthony Hopkins), le directeur de la compagnie (Ian Holm) et un expert en déminage (Richard Harris), ce dernier dénotant un peu, relativement haut en couleurs. Même parmi les seconds couteaux, la distribution en impose : on retrouve David Hemmings, Shirley Knight et le bennyhillesque Roy Kinnear, qui venait alors d’interpréter Planchet dans Les Trois Mousquetaires, du même Richard Lester, sorti l’année auparavant. L’effort de caractérisation autour des quatres figures de proue du film trouve néanmoins ses limites dans l’aspect inachevé de chaque portrait, multiplication des points de vue oblige. De cet apparent défaut, Lester arrive néanmoins à en tirer une tension relativement continue, sautant d’un personnage à l’autre pour faire avancer l’intrigue – ou plutôt la faire sciemment ramer, l’inaptitude des personnages à remonter la piste de la bombe rajoutant une tension supplémentaire. Car c’est là où le film trouve son intérêt, dans cette conjonction vertueuse entre suspens et approche humaine de l’histoire. Le scénario a le courage de sacrifier certains personnages attachants – bien que l’attention qui leur soit ensuite accordée semble parfois inégale, comme ce sympathique stewart explosé dans l’indifférence générale.

juggernaut bombReste enfin sa mise en scène, sans fioriture, sans effets superflus, simple, presque documentaire parfois, captant l’action sur le vif. À ce titre, Lester profite pleinement de son environnement de tournage, la production ayant loué le paquebot Hambourg avant son rachat par les soviets, et proposé aux figurants une croisière gratuite pour le peupler. En intérieur, les séquences de déminage sont assez remarquables, jouant un tempo posé et un montage alterné – dont un double désamorçage sur deux engins différents, un démineur devançant l’autre, afin de prévenir tout éventuel faux pas. Sur le fil (bleu), la tension porte ses fruits et fait de Terreur sur le Britannic, l’espace de quelques séquences, un film résolument réussi, faisant presque fi de ses déséquilibres et faiblesses – dont un manque d’ambition politique ou encore une limitation de moyen qui se ressent dans les explosions, davantage suggérées que montrées (l’affiche survendant le film à ce sujet, comme à l’accoutumée). Cependant, ces aspérités rendent l’ensemble encore plus intrigant, voire singulier malgré une apparente banalité. Une chimère à la distribution splendide, un film a priori anecdotique contenant les germes d’un thriller détonnant ; in fine, une vraie petite redécouverte des années 1970, qui se déguste sans faim.


3d-terreur_sur_le_britannic_combo_br.0Wild Side
DVD / Blu-ray
2 octobre 2019

Juggernaut
Un film de Richard Lester
Avec Richard Harris, Omar Sharif, Ian Holm, Anthony Hopkins
1974 – Royaume-Uni

En complément, un module d’analyse du film, « Richard Lester, l’art du naturel » par Nicolas Saada, en voix-off, véritable déclaration d’amour et réhabilitation passionnée du film.