Peace, love and paranoïa

Une jeunesse éprise de liberté semble prendre le pouvoir. Les mouvements contestataires de 1967 et 1968 devaient enfin obtenir leurs traductions artistiques et festives – dont l’inévitable Woodstock. 1969 clôt cependant aussi vite le rêve qu’il s’est ouvert, avec ses tragédies d’un nouveau genre : le meurtre de Sharon Tate et le concert d’Altamont.

Texte coécrit avec Loris Dru Lumbroso, originellement publié dans Revus & Corrigés n°4 – Il était une fois 1969, p. 75.

À la mi-août, le plus grand festival du monde s’organise à quelques kilomètres de Woodstock, dans l’État de New York, tandis que s’affiche depuis le début de l’été dans les salles de cinéma américaines le film Easy Rider, tourné sous acide par Peter Fonda et Dennis Hopper. Car l’influence de cette jeunesse se répand jusque dans les vieux studios de la côte ouest. À Hollywood, les villas s’ouvrent à tous les jeunes venus de partout pour faire la fête. L’alcool coule à flots, la drogue circule paisiblement. Pourtant, quelque chose d’inquiétant semble déjà s’annoncer, comme lorsque le vent s’arrête avant l’orage. La fin tragique d’Easy Rider présage déjà peu d’espoir. Il y a quelque chose de pourri au royaume des hippies.

Décadence hippie

Dans les champs américains de l’État de New York, l’ambiance bucolique et la tranquillité des locaux ruraux alentours sont troublées par des tractopelles en train de déblayer le terrain. Au son de « Long Time Gone » et « Wooden Ships » de Crossby, Stills, Nash and Young, c’est une véritable déclaration d’amour à cette petite caméra Éclair 16mm, en mouvement, qui s’évade dans la profondeur de champ, les zooms incessants, le flou et la capacité en basse lumière de sa pellicule. Dès cette introduction en forme de test caméra, le gigantisme du festival se confond avec celui de son sujet : 120 000 mètres de pellicule utilisés et plus de 100 heures de rushs pour trois jours de concert, 32 groupes sur scène, 450 000 festivaliers. Authentique moment de nouvelle vague américaine de la fin sixties, le documentaire-fleuve Woodstock, de Michael Wadleigh, serait-il la bible d’un cinéma hippie ? La précision rythmique de la mise en scène et des expérimentations du montage interprètent elles-même l’essence des musiques jouées. Ainsi, le solo de « I’m Going Home » par Ten Years After  est capté de manière psychédélique : split-screen [1], surimpression de trois angles de caméra, image sortant littéralement du cadre pour s’étendre au format Scope, manière d’extraire la musique de son cadre humain, faisant d’elle l’hallucination ultime du spectateur sous influence.

À l’image, le festival devient aussi important que les artistes, mettant les spectateurs au même niveau que ce spectacle. Il n’est pas tant question d’enregistrer simplement de la musique (bien qu’elle occupe les deux tiers du film) que de prendre la température de l’état d’esprit de la foule. Certes, ce filmage du public n’est pas nouveau, déjà à l’honneur dans Festival, de Murray Lerner (1967), suivant le festival de Newport entre 1963 et 1965 [2] et surtout Monterey Pop (1968) du légendaire D.A. Pennebaker [3], manifestation pionnière du Summer of love et de la culture hippie à San Francisco. Mais l’échelle de Woodstock, le portrait social est d’autant plus révélateur. On y retrouve donc aussi bien des hippies que des jeunes bien-nés en recherche de défonce et de fêtes, ou même des bikers – dont les Hell’s Angels – amateurs de rock mais pas franchement progressistes. Wadleigh digresse langoureusement lorsqu’il va à sa rencontre aux abords du festival, sa caméra divague autant que ces spectateurs qu’il interroge, et observe religieusement ce qu’il se passe sur la scène. En ce sens, l’aspect sociologique du film est éminemment précieux, car il nuance les fantasmes d’ordinaires associés à Woodstock. Et si ce moment n’était plus que le fantôme d’un mouvement dépolitisé ? Le documentaire permet de relativiser aussi bien l’aspect populaire du festival (il est contraint à devenir gratuit face aux flux humains, touche une Amérique blanche, urbaine et aisée) que sa politique. Ses revendications (droits sociaux, antiracisme, Vietnam) sont balayées sur l’autel des complaisants « Peace and Love » ou « Sex, drugs and rock’n roll » faisant perdre toute sa substance à l’idéologie. En parallèle des messages de paix de Joan Baez ou de la saillie anti-militariste de Country Joe MacDonald, les discours des autres pontes de l’époque (Grateful Dead, Jefferson Airplane, Creedence Clearwater Revival) ne respirent pas l’activisme.

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Woodstock bat son plein, photographie d’Elliott Landy.

Trop gros, trop ambitieux, trop réglementé, Woodstock entame à certains égards,  inconsciemment, la terminaison du mouvement hippie. La contre-culture devient alors mainstream, digérée par la société et l’industrie musicale pour l’intégrer à son programme libéral. Dans Woodstock, il y a notamment cette jeune fille racontant vivre dans une « family » au sens communautaire – la dérive mansonnienne n’est plus très loin. Et si la drogue peut masquer la désillusion à venir (un passage de joints sur « Coming into Los Angeles » d’un Arlo Guthrie sous LSD, mis en regard avec la surveillance des policiers), le film présente des séquences presque dignes d’un film post-apocalyptique. Des festivaliers tentent d’appeler désespérément leurs proches pour les rassurer, alors qu’ils sont bloqués dans les embouteillages à 30 km de la plaine ; l’armée et une cinquantaine de médecins interviennent en urgence en raison de problèmes d’approvisionnement ; un hélicoptère jette des vêtements secs après une pluie diluvienne au premier jour ; enfin, la zone est officiellement annoncée comme sinistrée. Le comble de la désintégration intervient lors de la dernière matinée lors du concert largement dépeuplé de Jimi Hendrix. Wadleigh monte son massacre devenu culte de l’hymne américain que monté sur des images d’une étonnante désolation, où des âmes en peine nettoient les sols boueux jonchés d’ordures. Mais qu’importe, puisque la musique reprend le dessus à chaque fois, maintenant autant le spectateur du festival que celui du documentaire dans une sorte d’état second, tous deux isolés du réel.

Le festival devient le lieu d’une Amérique coupée en deux. Dans We Blew It (2017), Jean-Baptiste Thoret rappelle l’envers du décors de la génération Woodstock. En pleine campagne américaine, sur fond de « Make America Great Again », un de ses intervenants, ouvrier, évoque Trump et précise : « Vous connaissez cette expression « sexe, drogues et rock’n’roll » ? Si vous croyez que c’était ça, c’est que vous n’y étiez pas. C’était du rock, des drogues, encore du rock, encore des drogues et ensuite, du sexe. C’était comme ça à l’époque. Et c’était génial. Si seulement on pouvait revivre ça. (…) Cette fois, je crois que mon candidat va gagner. Je pense qu’on aura un vrai changement cette année. Tous les présidents précédents ont dit que ça changerait. Ils avaient raison, je n’ai plus que des pièces dans les poches, alors qu’avant j’avais des billets. J’ai vécu les années 60 du côté des motards, pas des progressistes. » La généralisation créée et entretenue dans l’après-Woodstock masque la dichotomie des mentalités et des jeunesses de l’époque. Comme une fracture dans le rêve d’une d’une Amérique all-hippie.

10050 Cielo Drive

Deux faits divers sordides sonnent le glas de cette folle liberté. À regarder la chronologie des événements, l’année 1969 semble se diviser en deux : six mois d’aurore avec la fin d’un monde et l’avènement d’un nouveau ; et six mois de crépuscule. L’année commence avec le succès du psychédélique Album Blanc des Beatles. En mai sort aux États-Unis le Macadam Cowboy de John Schlesinger, qui enterre le vieux mythe du cowboy, le transformant en gigolo et bête de foire pour la ville moderne. En juin, Robert Taylor et Judy Garland, stars de l’Âge d’Or hollywoodien, décèdent, et en juillet sort Easy Rider, victoire du Nouvel Hollywood libre et sauvage sur un vieux système corseté des studios. Tandis qu’à Bethel se prépare le festival de Woodstock, Charles Watson (23 ans), Patricia Krenwinkel et Susan Atkins (21 ans chacune) pénètrent au 10050 Cielo Drive, Los Angeles. Roman Polanski, n’est alors pas chez lui – fort du succès de Rosemary’s Baby, il prépare à Londres un film de science-fiction pour la Paramount, Le Jour du dauphin [4]. Sa femme Sharon Tate, en revanche, est à la maison. C’est vendredi soir et elle reçoit des amis : Jay Sebring, le « coiffeur des stars » – qui compte parmi ses clients aussi bien l’ancien que le Nouvel Hollywood : Warren Beatty, Steve McQueen, Frank Sinatra ou encore Kirk Douglas ne jurent que par ses ciseaux. Le producteur polonais Voytek Frykowski, ami proche de Roman (on l’a vu dans le court-métrage Les Mammifères, en 1962), est également là. Il est venu avec sa compagne Abigail Folger, fille du mondain Peter Folger, figure de la Café Society californienne de l’entre-deux-guerres.

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Watson, Krenwinkel et Atkins se définissent comme membres de la « Manson family », une secte hippie pilotée par Charles Manson, un gourou obsédé par le White Album des Beatles (dans lequel il croit lire une prophétie faisant de lui un messie, mi-Jésus Christ mi-Charles Martel, qui terrassera la future domination des afro-américains sur le monde occidental). À les regarder de près, ils ont davantage l’air de vagues hippies comme il en traîne des centaines sur Hollywood Boulevard que de néo-chrétiens apocalyptiques. Ils ont certes un « X » qui semble gravé au couteau sur le front, mais cette jeunesse n’est pas, après tout, à une fantaisie près. Ils entrent sans difficulté dans la villa. Le gardien, William Garretson (19 ans), est pourtant dans sa loge, mais il est avec un ami, Steven Parent (18 ans), et écoute de la musique. Plus tard, il dira qu’il ne les a ni vus, ni entendus entrer. Même si cela avait été le cas, se serait-il méfié outre mesure ? Quelques mois après le Summer of Love, l’ennemi, c’est le redneck, le conservateur, responsable indirect des massacres au Vietnam. Et en ce temps-là, à Hollywood, on est du côté des libéraux : on accueille ces gentils rebelles à bras ouverts.

Quelques minutes s’écoulent et Steven Parent, l’ami du gardien, est assassiné sur Cielo Drive. Il a compris ce qui se passait et tente de fuir en voiture, mais Watson le rattrape et l’abat d’une balle de revolver. Arrivée sur place, la police constate le terrible carnage. Sur le gazon, les corps sans vie de Frykowski et Folger. À l’intérieur, ceux de Jay Sebring et Sharon Tate, reliés par une corde en nylon, les visages défigurés au couteau, cachés d’un masque blanc. Cinq coups de couteau ont suffi à tuer Sharon Tate. Mais Susan Atkins lui en planta onze de plus dans le corps, avant d’inscrire « Pig » avec son sang sur la porte d’entrée. L’histoire est connue dans ses moindres détails, racontée des milliers de fois. Sharon Tate était enceinte de huit mois et demi. Roman Polanski inscrira le nom de ce fils qu’il n’a jamais eu sur une tombe, à côté de sa mère : Paul Richard Polanski. L’histoire ressemble au plus terrifiant des films d’horreur, d’autant qu’il n’y a pas de happy end.  Quand le fait divers paraît dans la presse, les meurtriers courent toujours. Hollywood vit dans la psychose. Roman Polanski était-il particulièrement visé ? Était-ce en raison de certains aspects « sataniques » de son précédent film, Rosemary’s Baby ou bien un banal règlement de compte, lié à une affaire de trafic de drogue, comme le mentionnent certains journaux conservateurs ? Le lendemain, le riche couple Leno et Rosemary LaBianca est retrouvé assassiné dans des conditions similaires : le visage défiguré au couteau et la même mise en scène macabre avec la corde en nylon. Cette fois, le mot « war » gravé au couteau sur le ventre de Leno. La phrase « Death to the pigs » est écrite avec du sang sur les murs. D’autres meurtres suivent : celui du professeur de musique Gary Hinman et du cascadeur Donald « Shorty » Shea. Il apparaît clairement que cette noblesse hollywoodienne est visée. Sur les collines de Los Angeles, l’heure n’est plus à la fête. Les villas se ferment à double tour, les services de sécurité sont renforcés. Plus question de s’ouvrir au monde ou à la jeunesse. Cette méfiance alimentée par la peur sera d’autant plus forte lorsque l’enquête révélera que ces criminels appartenaient tous à une même communauté de jeunes gens, que les mots « Helter Skelter », retrouvés sur certains lieux de crimes, renvoient à une chanson des Beatles et que les références systématiques aux « pigs » seraient, selon le leader identifié Charles Manson, une référence à la chanson de George Harrison, « Piggies » (morceau de 1968 dans lequel les Beatles comparent la caste dirigeante blanche à des porcs). Enfin, que Charles Manson est un jeune homme aux cheveux longs, chanteur de rock californien raté, ayant écrit une chanson pour la face B d’un album des Beach Boys. Bref, un hippie.

La mort en direct

Un autre évènement posera l’ultime verrou sur les maisons des stars et causera la fin précoce et définitive du mouvement hippie. Alors qu’ils avaient raté le coche du Festival de Woodstock, les Rolling Stones décident d’organiser la réponse west coast à cet évènement musical majeur qui avait lieu sur la côte est des États-Unis. Puisqu’on leur reprochait souvent les tarifs d’entrée à leurs concerts, les Stones veulent cette fois-ci un festival totalement gratuit avec, en dehors d’eux-mêmes, des têtes d’affiches : The Grateful Dead, Santana, Jefferson Airplane, Nash and Young… Comme pour Woodstock, les Rolling Stones peinent à trouver un lieu. De nombreux propriétaires de stades et de grandes salles craignent l’arrivée de milliers de hippies et les dégradations qu’ils pourraient causer. Le groupe finit pourtant par conclure un arrangement avec le circuit automobile de Sears Point. Alors que l’événement est annoncé depuis plusieurs jours, les propriétaires du circuit déclarent vouloir l’exclusivité de distribution de tout film tourné pendant le concert, afin que toutes les recettes puissent aller aux vétérans de la guerre du Vietnam. Or, les Rolling Stones ont déjà promis aux frères Maysles, qui tournent un documentaire sur le rock, qu’ils pourraient filmer le concert. Difficile pour eux de céder la distribution à un propriétaire de circuit, qui vraisemblablement n’y connait rien en cinéma. Nous sommes à quatre jours du concert, il faut donc trouver un nouveau lieu – pas question d’annuler le festival, décision qui ruinerait la réputation des Stones. Le réseau des propriétaires de circuits automobiles amène le groupe jusqu’à Dick Carter, propriétaire du petit circuit d’Altamont, près de San Francisco. Il leur propose l’endroit à un tarif raisonnable, sans tentes, sans sanitaires ni service de sécurité. Les Stones ne s’en inquiètent pas. Ce sera « à l’arrache », tout à fait dans l’esprit hippie. La presse annonce le changement et l’aspect roots excite d’autant plus les fans, qui viennent par dizaines de milliers. Pour assurer un minimum de sécurité, le manager du groupe a l’idée lumineuse d’embaucher les Hell’s Angels d’Oakland, groupe de motards né sous l’inspiration du film éponyme d’Howard Hughes et qui s’est fortement développé avec le mouvement hippie. Pour tout salaire, ils acceptent d’être payés… en bières !

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Au concert d’Altamont, plusieurs altercations avec les Hell’s Angels éclatent et le public lui-même se révèle violent – Mick Jagger aussi se retrouve agressé.

Le 5 décembre, date du concert, 300 000 spectateurs installent leurs tentes et sacs de couchage. Certains croient revivre Woodstock. LSD et amphétamines circulent. Les Hell’s ne cachent pas leur plaisir et prennent quelques cachets avec leurs bières. Pris d’un accès de violence, dont la cause réelle ne sera jamais véritablement élucidée (leur tempérament naturel, l’alcool, la drogue), le service d’ordre improvisé se retourne soudain contre la foule. Alors que Jefferson Airplane joue « The Other Side of This Life », un membre des Hell’s Angels se met à attaquer à coup de queue de billard un jeune afro-américain. Signe avant-coureur d’une tragédie qui s’annonce. Quelques heures plus tard, alors que les Stones arrivent enfin – et en hélicoptère – sur scène, une nouvelle bagarre éclate entre un jeune noir et un membre du service de sécurité. Le motard sort un couteau et enfonce sa lame six fois dans le corps du jeune Meredith Hunter qui décède sous les yeux de sa petite amie [5]. Pendant ce temps, les Stones perçoivent un mouvement de panique dans la foule, sans comprendre ce qu’il se passe, mais continuent de jouer. Ces images sont captées par les frères Maysles et feront de leur film Gimmie Shelter une référence du cinéma direct. Sans le savoir, les cinéastes filment là un monde en pleine bascule. Les three days of peace and music d’août 1969 appartiennent déjà à un passé ancien et inaccessible.

Oubliez l’espoir

Le mouvement Hippie, envahissant ainsi Hollywood, aurait pu nourrir un cinéma d’insouciance et de folie douce. Mais par sa fin brutale, fatale, tragiquement californienne et hollywoodienne, le cinéma qui en découlera indirectement est un cinéma de peur et de méfiance. Les années 1970 connaîtront ainsi le développement du slasher et du film gore, avec des œuvres comme Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper en 1974, dont les héros hippies sont violemment assassinés, victimes de leur insouciance. Un climat de peur permanente s’installe, intensifié encore avec le scandale du Watergate de 1972. Les grands films américains des années 1970 se placent sous le signe de la paranoïa, à l’instar de Conversation secrète, de Coppola, Palme d’or 1974. L’horreur est partout : les plages sont dangereuses dans Les Dents de la mer (1975), les hôpitaux psychiatrique font des lavages de cerveaux dans Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975), même les enfants sages peuvent porter le Mal en eux (L’Exorciste en 1973 ou La Malédiction en 1976). Quant aux films de guerre, ils deviennent absurdes et effrayants (Voyage au bout de l’enfer en 1978 ou Apocalypse Now en 1979). Pour percevoir la lueur d’« un nouvel espoir », il faut fuir, à l’instar de La Guerre des Étoiles en 1977 : « Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine… » Jusqu’à ce dernier, le temps du happy end n’est plus. Au contraire, plutôt que de laisser le spectateur « sur de bons sentiments », il doit être hanté. On peut reprocher à William Garretson, le gardien des Polanski, une inconsciente insouciance le soir de la tragédie. Il ne pouvait avoir vu ni le Halloween de John Carpenter (1978), ni La Dernière Maison sur la gauche de Wes Craven (1972). Le cinéma américain ne lui avait pas encore appris la leçon du mouvement Hippie : tout le monde est un criminel potentiel.

Texas Chainsaw Massacre
L’innocence des hippies de Massacre à la tronçonneuse, bientôt terminée.

 

À noter la parution le 6 juin du beau livre Woodstock – Three days of peace and music, de Michka Assayas, coédité par Carlotta Films et GM Éditions, existant également dans une version comprenant le documentaire de Michael Wadleigh.

En couverture : Mick Jagger à Altamont dans Gimme Shelter.


 

[1] Rendu notamment très populaire aux États-Unis par deux films de 1967 : L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewinson et L’Étrangleur de Boston de Richard Fleischer. L’effet dans Woodstock inspirera notamment le filmage des solos de Jimmy Page lors du concert de Led Zeppelin à Earl’s Court en 1976.

[2] Captant notamment le tollé provoqué par Bob Dylan et son passage de la guitare acoustique à l’électrique (recréé en 2007 par Todd Haynes dans I’m Not There).

[3] Auteur un an plus tôt du documentaire Don’t Look Back, sur Bob Dylan, l’un des grands absents de Woodstock.

[4] Qui sera finalement réalisé par Mike Nichols en 1973.

[5] Meredith Hunter aurait dégainé un revolver vers la scène que l’on distingue sur le film du concert, ce qui innocenta le Hell’s Angels responsable de son meurtre, plaidant la légitime défense.