Premiers retours sur Cannes Classics 2019

La sélection du Festival de Cannes consacrée aux nouvelles restaurations nous aura réservé quelques belles surprises et redécouvertes pour sa 15e édition.

Il y a deux semaines s’ouvrait la 72e édition du Festival de Cannes qui a vu récompenser de sa Palme d’or le Parasite du coréen Bong Joon-ho. Quinzième année donc pour Cannes Classics qui permet aux plus cinéphiles de la croisette de venir admirer sans pression les grands films ayant marqué l’histoire du festival et de nouveaux documentaires mettant en lumière le cinéma. La sélection ne nous aura pas déçu, avec notamment un focus sur Luis Buñuel à travers trois de ses films dans de somptueuses versions restaurées : Los Olvidados, Nazarin et L’Âge d’or.

Évidemment, la thématique recouvrant l’essentiel des long-métrages présentés touchait de près à notre actualité politique contemporaine. Enchaînant à sa première journée le Toni de Jean Renoir, Los Olvidados et l’inoubliable Easy Rider, Cannes Classics mettait d’entrée l’accent sur ces marginaux, ces indigents oubliés que la société rejette par peur ou honte. Pas étonnant que le drame survienne systématiquement pour l’émigré italien venu chercher un travail honnête dans le sud de la France, ces gamins paumés de Mexico survivant de petits larcins pour ne tomber plus encore dans la misère qui les étreint ou Dennis Hopper peignant avec Peter Fonda un portrait coloré mais conscient de ce mal profond qui rongeait des États-Unis se repliant sur eux-mêmes. Voyait-on déjà l’Amérique de Donald Trump en 1969 ? Les mots laissés par Peter Fonda qui devait présenter la séance ne laissent planer aucun doute : « Est-ce qu’on la retrouverait aujourd’hui ? Je ne crois pas. Est-ce qu’on l’a vraiment “bousillée” ? C’est clair. 50 ans après, est-ce qu’on continue de la bousiller ? C’est clair. »

Un vent de révolte émana aussi de l’écran côté France avec le documentaire Plogoff, des pierres contre des fusils de Nicole Le Garrec, couvrant la lutte d’irréductibles villageois bretons, déterminés à ne pas voir émerger sur leurs terres une centrale nucléaire, imposée par le gouvernement au pouvoir. Des images poignantes et d’une étrange actualité. Un entretien avec la réalisatrice sera bientôt à découvrir sur Revus & Corrigés. La résistance était autant de mise dans l’un des premiers films d’Andrzej Wajda, Kanal, nous enfonçant dans les égouts d’une Varsovie en ruines pendant la Seconde Guerre mondiale. Ses premiers plans (sans trucages) sur la ville morte impressionnent et détonnent avec la claustrophobe folie qui s’empare ensuite du film qui sera à découvrir en salle le 23 octobre prochain.

Le premier grand moment de cette édition fut, sans aucun doute, la présentation de Shining en séance de minuit. Après la copie 70mm dite « non restaurée » de 2001, L’Odyssée de l’espace proposée par Christopher Nolan l’an dernier, cette fois le cinéma de Stanley Kubrick s’affichait en 4K. Nous avons eu la chance de rencontrer à cette occasion Ned Price, directeur des restaurations chez Warner, et Leon Vitali, acteur de Barry Lyndon qui se mua en assistant personnel de Kubrick, dont vous pourrez lire prochainement les entretiens. Comme il n’est de Cannes sans polémique, Shining était projeté dans sa version américaine. Actuellement dans les salles, vous noterez la vingtaine de minutes supplémentaires que le cinéaste avait exclu de la version européenne. Or, de ce que l’on sait, l’édition Blu-ray 4K qui paraîtra au mois d’octobre ne proposera pas cette version européenne. Gardez donc précieusement de côté vos premiers Blu-ray du film, on ne sait jamais !

Les deux autres rendez-vous importants furent avec Alain Delon et Sylvester Stallone. Le premier pour recevoir une Palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. L’acteur reçut le prix avec beaucoup d’émotion, se souvenant notamment lors de sa masterclass de ses collaborations avec Jean-Pierre Melville et Luchino Visconti à qui il a rendu hommage à son tour. Deux de ses long-métrages restaurés étaient projetés à cette occasion avec Monsieur Klein de Joseph Losey (1976) et surtout Le Professeur de Valerio Zurlini (1972), présenté dans sa version intégrale italienne inédite qui sortira dans les salles le 12 juin 2019. Masterclass plus musclée et généreuse avec Sylvester Stallone, accompagné d’une nouvelle copie 4K du premier Rambo et d’une bande-annonce du cinquième et dernier volet devant un public gonflé à bloc. L’acteur-réalisateur américain n’est pas reparti les mains vides avec une photo dédicacée par Jean-Paul Belmondo himself.

Les autres pays du monde n’étaient pas en reste, notamment avec le documentaire Caméra d’Afrique du tunisien Ferid Boughedir, revenant sur les vingt premières années difficiles du cinéma africain après les indépendances et remettant en perspective tout le travail d’émancipation des cinéastes africains jusqu’à nos jours. Notre entretien avec le réalisateur sera à découvrir sur le site en parallèle d’un article du quatrième numéro. Hormis le décevant Making Waves qui n’est pas des plus réussi pour nous compter l’histoire du son au cinéma, le documentaire Forman vs. Forman fut au contraire un passionnant sur la vie hors du commun qu’a traversé le cinéaste tchèque. Dans le même genre, les ultimes entretiens de Mario Sesti avec l’immortel Bernardo Bertolucci. Très riches et instructifs sur bon nombre de sujet, leur compilation en un épisode de moins d’une heure a de quoi donner parfois le vertige.

Nous reviendrons en temps voulu sur les différents long-métrages de la sélection venus d’Italie, de Chine, du Japon ou de Géorgie.

Vous pouvez d’ores et déjà consulter notre rencontre avec Bertrand Tavernier pour son hommage organisé par le Festival de Cannes et la Sacem.