Un mauvais fils (1980), Dewaere en état de grâce

 

Réalisé par Claude Sautet
Avec Patrick Dewaere, Brigitte Fossey, Yves Robert et Jacques Dufilho
France, 1980

Après six ans passés aux États-Unis, dont cinq en prison, Bruno Calgagni rentre à Paris. Ancien toxicomane, il tente de retrouver une vie ordinaire. Si sa relation avec son père se cristallise très rapidement, ce dernier reprochant à Bruno la mort de sa mère, il trouve refuge dans une librairie qui l’embauche dans le cadre d’un programme de réinsertion. C’est là qu’il rencontre Catherine, une jeune femme qui lutte contre les même démons et dont il s’éprend.


Trouver la sortie…

Drame psychologique d’une grande finesse, Un mauvais fils est une des plus belles redécouvertes de cette édition du Festival International du Film Restauré. Moustache rasée pour l’occasion, Patrick Dewaere se fond dans le personnage de Bruno Calgagni, ex-toxico en quête de rédemption, presque en miroir de ce qu’on connaît de l’acteur à cette époque. Mais l’enjeu du film est ailleurs, que dans le combat contre la drogue. Ce qui intéresse Claude Sautet, c’est la volonté d’un homme de trouver sa place, au sein de la cellule familiale bien sûr, la relation père-fils est au cœur du film, mais aussi de manière au sein de la société et de son monde professionnel – combat tout aussi passionnant. Et la caméra de Sautet, comme très souvent, est bienveillante sur ce personnage à fleur de peau.

Un mauvais fils 1980 rŽal. : Claude Sautet Collection ChristophelSi la subtilité d’écriture de ce drame social est absolument remarquable, il faut bien avouer que c’est la prestation de Patrick Dewaere qui élève ce film. L’acteur se fond dans ce personnage écorché vif, avec un jeu tout en retenu et en pudeur. Un rôle presque taillé sur mesure pour l’acteur. Pourtant, Claude Sautet le destinait à l’origine à un autre paumé, son compagnon de valse Gérard Depardieu. Mais Dewaere coupe sa légendaire moustache et convainc finalement le réalisateur de se lancer avec lui dans l’aventure d’Un mauvais fils.

Toujours sur le fil, ses scènes face à Yves Robert, magnifique de dureté dans le rôle du père distant, sont bouleversantes. La tendresse sincère des retrouvailles laisse place aux non-dits, à la culpabilité. Malgré les efforts de Bruno, leur relation ne se relève pas du décès de la mère de famille, socle commun à jamais perdu dont le père tient le fils pour responsable. Les scènes entre les deux hommes sont les plus belles et les plus terribles du film.

Autour du duo père/fils, les autres seconds rôles brillent. Brigitte Fossey, qui joue ici Catherine, l’alter-égo féminin de Dewaere, jeune femme esseulée accro à l’héroïne, est pleine de grâce. L’entrée en scène du personnage de Jacques Dufilho, libraire au grand cœur embauchant malgré leurs problèmes Bruno et Catherine, apporte une douce humanité dans cette histoire. Césarisé pour ce film, on lui doit la plus puissante des tirades. Lorsque le couple Dewaere / Fossey est au plus bas, il explose et évoque à son tour sa solitude et sa marginalité dans une société à bout de souffle. Dépression, chômage, toxicomanie, immigration, les problématiques abordées ici sont toujours d’actualité, prouvant la modernité du scénario de Claude Sautet en 1980. Un mauvais fils est le portrait d’une France ouvrière et populaire qui a merveilleusement bien passé le nombre des années.

un mauvais fils (1980)

Film projeté lors de la 7e édition du Festival International du Film Restauré – Toute la mémoire du monde à la Cinémathèque française. Ressortie fin 2019 par les Acacias.

Restauration en 4K à partir du négatif original par Studio Canal avec l’aide du CNC (Laboratoire Hiventy).