Masterclass John Knoll, des avions en maquette aux robots géants en pixels

La semaine dernière, ce superviseur des effets visuels chez Industrial Light & Magic était invité à Enghien-les-bains pour échanger avec le public et les spécialistes des effets spéciaux réunis au Paris Images Digital Summit. Devenu une figure incontestée dans l’univers des effets visuels, John Knoll a vu au fil de sa carrière cette transition passant de l’usage de maquettes et d’effets d’optique aux images de synthèse du tout numérique . Mais bien avant d’atteindre le grade le plus élevé chez ILM, il débuta injustement comme tous : non crédité au générique…

COMMENCER PETIT

Son premier travail pour un long-métrage remonte au Firefox, l’arme absolue de et avec Clint Eastwood (1982), non pas tant pour sa formation d’assistant caméra que de modéliste. En effet, John Knoll est responsable de la conception des miniatures de l’avion furtif éponyme du film. Et ce ne fut pas sa semaine de travail en renfort sur les accessoires maquillage du premier Freddy deux ans plus tard qui lui apprendront beaucoup sur le monde des effets spéciaux.

John Knoll se souvient parfaitement de sa première confrontation avec la mythique société initiée par George Lucas en 1975… et sa première déconvenue : « C’était trois semaines après que je sois sorti diplômé de l’Université de Californie du Sud. Il y avait une annonce d’ILM dans le Hollywood Reporter qui recrutait un assistant caméra. J’ai reçu en réponse ce genre de lettre très polie disant “non, merci”. Je l’ai accrochée depuis sur la porte de mon bureau à ILM. »

Car un an plus tard, l’un de ses enseignants de l’USC contacta John Knoll, l’avertissant qu’une annonce similaire de la part de la mecque des effets spéciaux avait fait surface. Recommandé et avec quelques lignes en plus sur le CV, il débuterait comme assistant caméra dans le département animation sur le film de Joe Dante L’Aventure intérieure (1987) qui reportera l’Oscar des Meilleurs effets spéciaux. Pour le petit écran, John Knoll nous révéla également les secrets de l’effet de distorsion de la maquette de l’Enterprise D pour le générique de la série Star Trek, La Nouvelle génération.

UN OUTIL POUR LES RÉALISATEURS

Sorti en 1989, Abyss de James Cameron fut son premier champ d’expérimentation d’intégration d’images de synthèse : « C’étaient les tous débuts de l’utilisation d’effets visuels par ordinateur, nous devions imaginer les procédures lors du tournages qui deviendraient la norme ensuite. » En plus de reconstruire virtuellement le plateau et les angles de caméra dans l’ordinateur, John Knoll dût aussi photographier le décor afin de le refléter correctement à la surface du pseudopode.

« J’essaie d’être le meilleur ami du réalisateur. Je discute beaucoup avec le directeur de la photographie pour que l’on filme de la bonne façon pour intégrer les effets visuels ensuite » […] « Dans un monde idéal, la personne pour qui nous créons des effets visuels a bon goût et surtout une vision constante de ce qu’il veut obtenir qu’il arrive à nous communiquer très clairement. Ça c’est James Cameron ! » John Knoll retrouvera le cinéaste des années plus tard sur Avatar (2009), notamment pour se charger de tous les plans comprenant les vaisseaux dans le film.

À la vision de l’ultime séquence spectaculaire du Mission: Impossible de Brian De Palma (1996), John Knoll avoue qu’il est « difficile de regarder en arrière et juger son propre travail qui a 20 ans aujourd’hui. Je m’imagine toujours comment je pourrais mieux le faire maintenant ou, sinon, différemment. » Pourtant, des Pirates des Caraïbes, qu’ils soient créatures spectrales ou marines, aux robots géants de Pacific Rim, l’humble superviseur des effets visuels a toujours su trouver le moyen de créer de nouveaux outils révolutionnaires pour accomplir les rêves des cinéastes les plus fous.

A STAR WARS STORY

Comme beaucoup de ses congénères, John Knoll fut propulsé dans l’univers des effets spéciaux par sa découverte du premier Star Wars en 1977. En intégrant ILM, ce n’était plus qu’une question de temps avant que George Lucas ne relance sa saga au cinéma à la fin des années 90, d’abord avec les éditions spéciales de la trilogie originale — révisions sur lesquelles a travaillé John Knoll —, puis sur la prélogie qui ouvrirait encore de nouvelles possibilités grâce aux effets visuels numériques.

Une idée fausse qu’il tient à rappeler : La Menace fantôme contient plus de miniatures que toute la première trilogie Star Wars. Pour les plus de 2000 plans à truquer, ILM avait dû débaucher pas moins de trois superviseurs. Lui, Dennis Murren et Scott Squires se répartirent ce travail de titan demandé par Lucas : « Nous n’avions aucune idée de comment réaliser ces images avec les logiciels dont nous disposions. Je notais sur un carnet les milliers de paramètres à prendre en compte afin de trouver la meilleure façon d’y arriver. »

John Knoll était en charge des séquences spatiales et de la plupart sur Tatooine, en particulier celle de la course de modules : « Il n’y avait pas de décors naturels pour cette séquence, et s’il y en avait, on s’y déplace si vite qu’il n’y avait aucune manière pratique de la filmer à la bonne vitesse, même avec un hélicoptère. Il en allait de même en miniature. À cette vitesse, nous aurions atteint trop rapidement l’horizon, sauf si nous avions construit le plus grand décor en maquette de l’histoire du cinéma. Il ne nous restait plus comme solution que les images de synthèse. »

LE RAPPEL DE LA FORCE

Speed Racer, Tomorrowland, Rango, Hugo Cabret, Mission: Impossible – Protocole fantôme… John Knoll enchaîna les défis sur de nombreux projets avant de replonger dans cette galaxie lointaine, très lointaine. Mais plus qu’en tant que superviseur des effets visuels, Knoll postula comme scénariste auprès de la productrice Kathleen Kennedy en quête d’idées pour prolonger l’univers avec des spinoffs. Alors que celui sur Han Solo était déjà dans les starting blocks, le technicien pitcha avec succès ce qui deviendra Rogue One (2016).

Or, chassez le naturel, il revient au galop. John Knoll se chargea également de son domaine d’expertise sur le film et revint sur la question épineuse de la présence du Moff Tarkin, sous les traits reconstitués de Peter Cushing en performance capture : « Nous l’avons plus vu comme la résurection du personnage, car il nous était difficile d’imaginer une histoire sur les origines de l’Étoile noire sans inclure Tarkin. »

Mieux encore, pour faire correspondre chronologiquement le film de Gareth Edwards à celui de 1977, ses équipes ont intégré des séquences inutilisées de pilotes de X-wings de l’époque afin de les intégrer au film de 2016, sans oublier d’y faire coller certains détails : « Ceux qu’ils avaient construit à l’époque s’arrangeaient avec les proportions, car la verrière était bien trop haute. » D’une manière inverse pour des pilotes de Y-wing, John Knoll fit reprendre l’intérieur du cockpit tourné en 1977 pour y ajouter un pilote filmé en 2015.

HOBBY ONE

Alors que l’on pourrait supposer que son travail l’occupe déjà suffisamment, John Knoll trouve encore du temps libre avec une activité aussi surprenante que parfaitement en adéquation avec son univers : la reconstitution de la Dykstraflex. Derrière ce nom barbare se trouve la première caméra, dont les mouvements étaient contrôlés par ordinateur, imaginée par John Dykstra et son équipe pour Star Wars. « La première fois que j’ai commencé à ILM, je travaillais avec cette nouvelle caméra à l’époque. J’éprouve un attachement particulier envers elle. »

Il y a quelques années, George Lucas fit don de cet appareil à l’Académie du cinéma à des fins de conservation. Cependant, l’instrument avait perdu certaines parties et ne fonctionnait plus. Un projet de restauration fut lancé et John Knoll s’y impliqua personnellement. « Je suis parti des schémas techniques pour reconstruire une version virtuelle sur ordinateur que je compare ensuite avec les photos de tournage, afin de fabriquer les pièces manquantes. »

Cela fait désormais plus d’un an que l’un des superviseurs des effets visuels d’ILM occupe ses vacances et ses dimanches à fabriquer dans son atelier une version de la Dykstraflex quatre fois moins grande que l’originale. « Je passerai sûrement encore une année entière à bosser dessus, mais déjà, au moins, elle fonctionne ! » Ah, au fait : vous a-t-on dit que John Knoll et son frère Thomas avaient aussi inventé Photoshop ?


Si vous êtes amateur d’effets spéciaux, c’était Phil Tippett qui était venu l’année précédente s’exprimer sur sa longue et folle carrière : Phil Tippett, Masterclass d’une légendes des effets spéciaux