Divorce à l’italienne, de Pietro Germi (1961)

Un noble sicilien est amoureux d’une magnifique jeune femme. Mais le divorce est illégal en Italie. Il concocte donc un « divorce à l’italienne » : surprendre sa femme dans les bras d’un amant, l’assassiner et, de bon droit, n’écoper que d’un minimum de prison…

Divorzio all’italiana
Réalisé par Pietro Germi
Avec Marcello Mastroianni, Stefania Sandrelli
Italie – 1961


Rire et satire

C’est le grand oublié du cinéma italien. Il a pourtant marqué son époque avec une œuvre multiple et hétéroclite, entre cinéma néoréaliste, film policier et comédie satirique, faisant de lui un cinéaste inclassable. Né en 1914, Pietro Germi fut scénariste, producteur, réalisateur, acteur et le père d’une des plus grandes comédies italiennes, Divorce à l’italienne (qui, contrairement à ce que l’on croit souvent, est sorti avant Mariage à l’italienne (1964), de Vittorio de Sica). Influencé, comme nombre de cinéastes italiens de son époque, par la vague néoréaliste, Pietro Germi y restera fidèle, animé pour une fascination pour les gens et le peuple. Dans Divorce à l’italienne, Marcello Mastroianni incarne le comte Cefalù qui, amoureux de sa jeune et séduisante cousine Angela et lassé de sa femme Rosalia, cherche tous les moyens pour éliminer cette dernière.

Divorce à l’italienne est le premier film à être considéré comme une « comédie à l’italienne », même s’il ne l’était pas chronologiquement – Le Pigeon, par exemple, date de 1958. C’est un genre qui va connaître son apogée dans l’Italie des années 60 et 70 avec des cinéastes tels que Vittorio De Sica, Pietro Germi, Dino Risi, Mario Monicelli ou encore Ettore Scola. Époque bénie lorsque le cinéma italien jouissait encore d’un financement public conséquent. Pour De Sica, l’intention était simple : « on avait envie de faire sourire les gens ».  On retrouve dans Divorce à l’italienne la société italienne dans ses marqueurs les plus prégnants et reconnaissables : l’église et la messe dominicale, la famille et le mariage, le village et ses rumeurs, la vieille aristocratie dominante. Mais l’immense trouvaille comique du film vient indéniablement de la voix off de Cefalù. Le spectateur la découvre dès le début du film, alors qu’il retourne en train vers les « sérénades du Sud » et sa bien-aimée. Il commente en voix off son aventure pour nous raconter en temps réel ce qu’il pense et comment il imagine arriver à ses fins. Le génie de Germi est d’utiliser cette technique pour accentuer le grotesque de certaines scènes, comme celle où Rosalia interrompt littéralement le monologue intérieur de son époux – faisant de la voix off un personnage à part entière.

divorce à l'italienne

L’autre trouvaille astucieuse du film, c’est la métamorphose de Marcello Mastroianni. Alors que l’image de « latin lover » lui colle à la peau depuis La Dolce vita (1960), l’acteur n’aura de cesse de choisir des rôles afin de casser ce cliché, « un rôle qui ne me correspond pas », dira-t-il. Ce seront des films comme Le Bel Antonio (1960), Une journée particulière (1977), et Divorce à l’italienne donc, où il incarne un comte cocu, précieux et tiqué (tic que Mastroianni vole à Germi), qui reçoit des lettres d’insultes avec délectation. Le fait d’être trompé et cocu est considéré en Italie comme un des pires méfaits : c’est une humiliation touchant la personne trompée mais aussi sa famille, ses ancêtres et sa descendance ; offense qui ne peut rester impunie. Non seulement Mastroianni est cocu mais en plus il s’en moque, se laisse insulter, cracher dessus et moquer par l’ensemble du village. Ce rôle à contre-emploi ouvre l’éventail de jeu de l’acteur, qui prouve qu’il n’est pas (ou ne souhaite pas être) le don juan transalpin.

divorce à l'italienne 2Au-delà des apparences, Divorce à l’italienne n’est pas une simple comédie mais une critique acerbe de la société italienne et des absurdités de la loi. En 1961, le divorce est interdit en Italie. C’est alors qu’advient la notion de crime d’honneur. Comme il est précisé dans le film, le code pénal prévoit une peine de 3 à 7 ans si le coupable a tué pour venger son honneur – honneur qui est un des piliers moraux et traditionnels majeurs de la société italienne. L’absurdité de ce point de droit n’échappe pas à Germi (coscénariste du film), qui décide d’en faire le but ultime du héros : se faire humilier juste pour pouvoir se venger. Le prix de sa liberté ? L’humiliation et le meurtre – quelle morale. Et Pietro Germi pousse même l’ironie un peu plus loin. Dans son film, il oblige son personnage, joué par Mastroianni donc, à quitter la projection de… La Dolce Vita. Au-delà du clin d’œil, le réalisateur pointe du doigt l’hypocrisie d’un pays qui d’un côté crie au scandale mais qui, de l’autre, court admirer les courbes d’Anita Ekberg. A part ses lois désormais désuètes, ce bijou de comédie n’a pas pris une ride.


 

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Divorce à l’italienne est à redécouvrir dans une réédition master 2K chez M6 Vidéo en combo DVD/Blu-ray, accompagné d’un livret rédigé par Eddy Moine et deux bonus : un documentaire de Philippe Rouyer sur Pietro Germi et un second sur Marcello Mastroianni.