Platoon, d’Oliver Stone (1986)

PLatoon afficheL’intrigue

Septembre 1967: Chris Taylor, dix-neuf ans, rejoint la compagnie Bravo du 25ème régiment d’infanterie, près de la frontière cambodgienne. Chris, issu d’une famille bourgeoise s’est engagé volontairement et, plein d’idéal entend bien servir son pays. Mais la réalité est tout autre et ses illusions vont tomber les unes après les autres. Il sera également témoin de la rivalité sanglante qui oppose deux officiers qu’il admire.

Un film d’Oliver Stone
Avec Tom Berenger, Willem Dafoe, Charlie Sheen, Forest Whitaker
États-Unis – 1986

4 Oscars à Hollywood, Ours d’Argent du Meilleur Réalisateur à Berlin.


Un témoignage sur le Vietnam

Lorsqu’Oliver Stone réalise Platoon en 1986, il n’est pas inconnu à Hollywood. Stone est le scénariste de films qui ont marqué les esprits : Midnight Express (1978) de Alan Parker, Conan le Barbare (1982) de John Milius, Scarface (1983) de Brian De Palma, L’Année du Dragon (1985) de Michael Cimino. Oliver Stone a moins de chance comme réalisateur. Ses deux films d’épouvante, Seizure la Reine du Mal (1974) et La Main du Cauchemar (1981), avec Michael Caine, ne connaissent aucun succès public. Mais depuis 1971, Oliver Stone a une obsession : porter à l’écran un scénario qu’il a écrit sur le Vietnam : Platoon. Si le travail de Stone – basé sur ses souvenirs de fantassin en 1967 – impressionne, aucun studio ne prend le risque de produire le film. L’histoire est jugée trop noire, déprimante, antipatriotique. Pourtant, ce scénario lui ouvre les portes des studios : on lui confie l’écriture de Midnight Express. S’il a déjà réalisé un film sur la guerre du Vietnam,  avec son court-métrage de fin d’études Last Year in Viet Nam (1971), Stone « traîne » comme un boulet son projet de long-métrage sur le conflit.

Platoon 4Il est vrai que les Etats-Unis ont rapidement et longuement abordé leur engagement au Vietnam avec des films aux discours divers : Les Bérets Verts (1968) de John Wayne et Ray Kellogg, Le Merdier (1978) de Ted Post, Les Boys de la Compagnie C (1978) de Sidney J. Furie, Voyage au Bout de l’Enfer (1978) de Michael Cimino, Apocalypse Now (1980) de Francis Ford Coppola (mais est-ce un film sur le Vietnam ?). Surtout, l’Amérique a changé. Elle ne veut plus d’une vision cinématographique sombre et réaliste de son Histoire. Elle veut de l’héroïsme ! La Porte du Paradis (1980), œuvre désenchantée, d’une grande noirceur de Michael Cimino, est passée par là. Pourtant, ironiquement, c’est lors du mandat du très conservateur Président Républicain Ronald Reagan, que Platoon voit le jour, peu après le triomphe du belliqueux Rambo 2 : La Mission (1985) de George Pan Cosmatos.

Stone – qui vient de réaliser Salvador (1986) – veut faire de Platoon une oeuvre réaliste. Le film raconte la guerre du Vietnam à travers le regard d’un jeune engagé idéaliste : Chris Taylor (Charlie Sheen), double de Stone à l’écran. Taylor est également le narrateur de Platoon. Oliver Stone raconte ses souvenirs (romancés en partie pour des questions d’efficacité dramatique). Son point de vue sur le conflit se situe forcément du côté américain. Mais si Platoon est réaliste, il refuse le spectaculaire durant une longue partie du métrage. Dans le film, les hommes attendent. Beaucoup. Ils marchent longuement dans la forêt. Stone filme le désespoir, des tranches de vie qui ne font pas avancer le récit (scènes de camaraderie et de « défonce », notamment). C’est ce qui rend la violence d’autant plus insupportable lorsqu’elle éclate à écran. La scène du massacre du village vietnamien est terrifiante. Stone filme les exactions, viols (hors champ), meurtres des villageois par les soldats américains.

Platoon 2

Si dans Platoon, Oliver Stone adresse une véritable déclaration d’amour à ses jeunes camarades de l’époque, il fait peu de cadeaux aux États-Unis. Stone vénère une Amérique patriotique, idéaliste, courageuse, libérale (dans le sens américain du terme), mais il en exècre son autre versant primaire, qui se repaît d’injustices, de brutalité et de violence. Deux personnages de Platoon symbolisent ces deux « visages » de l’Amérique. Tom Berenger incarne Bob Barnes, Sergent inhumain et véritable sociopathe. Willem Dafoe, quant à lui, interprète Elias, Sergent droit, juste et humain. Cette schizophrénie américaine est au coeur du cinéma de Stone. Il la mettra en scène avec plus ou moins de subtilité dans Wall Street (1987), Talk Radio (1988), Tueurs Nés (1994), L’Enfer du Dimanche (1999) … jusqu’à son dernier long-métrage à ce jour, Snowden (2016).

Quand bien même Platoon flirte parfois avec le sentimentalisme (la réorchestration de l’Adagio pour cordes de Samuel Barber par Georges Delerue est trop présente), le film de Stone demeure une œuvre choc  complétée ultérieurement par deux autres volets : Né un 4 juillet (1989) et Entre Ciel et Terre (1993).  Le témoignage nécessaire et courageux d’un américain qui a combattu au Vietnam.


Platoon est ressorti au cinéma le 25 juillet 2018 en version restaurée, par Solaris Distribution.