Memories of Murder, de Bong Joon-ho (2003)

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L’intrigue

En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d’une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d’autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n’a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d’actes commis par un serial killer grandit de jour en jour. Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable.

Texte originellement publié dans Revus & Corrigés, n°1, p. 68.


Campagne meurtrière

Il est salvateur de se replonger dans ce deuxième film de Bong Joon-ho, cinéaste alors jeune et inconnu. Un thriller que l’on peut qualifier de séminal pour son pays d’origine. Car si Memories of Murder n’a rien inventé, avec d’évidentes inspirations allant de M le Maudit à Se7en, il a modifié les codes du genre pour (im)poser les bases d’un renouveau local qui perdure encore quinze ans après sa sortie. Ruptures de tons déstabilisantes, ambiguïté des personnages, ambiance perverse, maniérisme formel et sur-dramatisation sont désormais des passages obligés du genre.

Aujourd’hui plus qu’hier, il est stupéfiant de constater la maturité de Bong Joon-ho. Le réalisateur dresse dans son film un univers bien à lui, avec un mêlant de façon originale cinéma d’auteur et pur polar, pour mieux battre en brèche les stéréotypes. Par la désaturation des couleurs dans cette magnifique version restaurée, Memories of Murder dépeint subtilement la dictature coréenne des années 1980, où la banalisation de la brutalité policière fabriquait sans scrupules ses propres coupables.

Storyboard signé Bong Joon-ho, reproduit intégralement dans l’édition collector La Rabbia

L’alchimie précaire de cette construction dramatique fonctionne à la perfection grâce au naturel des comédiens. Elle révèle l’excellent Song Kang-ho, son implication émotionnelle encouragée par un cinéaste qui cultive l’ambivalence. Cela pourrait expliquer un manque d’unité globale, avec une avant-dernière séquence forçant le trait sur les enjeux psychologiques de ces protagonistes impliqués dans l’interminable traque d’un serial killer insaisissable, inspirée de faits divers qui avaient défrayé la chronique en Corée du Sud.

MOMEn omettant ces quelques minutes appuyées, Bong Joon-ho impressionne par sa rigueur de cinéaste. Sa mise en scène témoigne d’une aisance aussi remarquable qu’économe où tout passe par le cadre – comme si ce dernier était un prolongement direct du genre. On doit « lire » chaque plan de Memories of Murder, les décrypter comme n’importe quelle scène de crime. Les nombreux espaces vides dans le cadre sont autant d’indices absents. Les personnages évoluent à l’image et l’œil est constamment aux aguets, stimulé par un admirable sens du détail. Chaque séquence prend vie, tout en détournant l’attention du spectateur dans un ballet d’informations chorégraphié avec minutie et spontanéité.


Memories of Murder est édité par La Rabbia dans trois éditions différentes : DVD, DVD/Blu-ray avec livret de 40 pages et coffret collector contenant une reproduction intégrale du storyboard, traduit depuis le coréen, signé Bong Joon-ho. A noter la présence de l’excellent long-métrage documentaire « Memories, retour sur les lieux du crime », réalisé par Jésus Castro.

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