Du cinéma au musée du Louvre : rencontre avec Pascale Raynaud, la programmatrice de l’Auditorium

A l’occasion du cycle de films « Autoportrait en voyageur » qui se déroule jusqu’au dimanche 29 avril à l’Auditorium du Musée du Louvre, Revus et Corrigés a rencontré Pascale Raynaud, responsable de programmation cinéma de l’Auditorium. Elle nous a présenté ce cycle autour des carnets de voyage et l’ambition cinématographique mais surtout pluridisciplinaire de cette belle salle de 450 places.

Du carnet de voyage de Delacroix
à la glaneuse Agnès Varda

Les cycles de films proposés à l’auditorium en lien avec les expositions et les collections du musée envisagent le cinéma dans le « prolongement de l’histoire de l’art ». Ainsi, « Autoportrait en voyageur » s’est-il construit en écho à l’exposition rétrospective de l’œuvre d’Eugène Delacroix qui s’est ouverte le 29 mars. Pascale Raynaud s’est intéressée à l’un des aspects de l’œuvre du peintre, le carnet de voyage, et a souhaité « interroger cette pratique sous le prisme de l’autoportrait. En effet, bien souvent, le carnet de voyage est une façon discrète de se mettre en scène. Non pas forcément sous les traits de l’homme, ou de la femme, tel qu’il est ou se voit – car, lorsqu’il ne se rend pas volontairement invisible le cinéaste a bien souvent un double – mais sous ceux de l’artiste au travail. Se filmer à l’œuvre en voyage, c’est donner à voir un cheminement. Le fil conducteur du cycle, c’est un peu le voyage d’Ulysse il faut partir, vivre des expériences, pour revenir à soi avec un regard renouvelé »

Auditorium du Louvre
L’Auditorium © 2018 Musée du Louvre / Florence Brochoire

La pluridisciplinarité
dans la continuité de l’histoire de l’art

Depuis 1989 et le Grand projet de réaménagement du Louvre, cette salle propose une programmation pluridisciplinaire, construite autour de la musique, de l’histoire de l’art – à travers des conférences et colloques -, et le cinéma. L’Auditorium, qui fêtera ses 30 ans en 2019 – un des premiers en France après le Centre Pompidou (en 1977 et le musée d’Orsay en 1986 NDLR) – s’inscrit dans une tradition anglo-saxonne de développement des publics et des activités culturelles des musées, lancée très tôt par le MoMA de New York.

Ainsi, la programmation cinéma de l’Auditorium du Louvre propose également des cartes blanches à des artistes. Certains musiciens s’essayent même à l’exercice de la composition pour ciné-concert. C’est dans le cadre des programmes Duos éphémères et Électrons libres, que l’Auditorium du Louvre expérimente et redécouvre le cinéma muet aux sons électroniques, jazz, rock ou aux musiques et chansons du monde. En 2006, Laurent Garnier fut le premier à relever le défi, suivi par Vincent Segal, Arthur H, -M-, Camille, Emily Loizeau, Oxmo Puccino, Ibrahim Maalouf ou encore Rubin Steiner. Pour les enfants et les jeunes adultes, ces ciné-concerts originaux et les programmations de films restaurent l’expérience du spectacle, de la salle et de la projection en pellicule.

Le grand rendez-vous cinématographique de l’Auditorium sont les Journées internationales du film sur l’art. Avec une proposition contemporaine et un volet rétrospectif consacré chaque année à un cinéaste – Wim Wenders, Agnès Varda, ou Frederick Wiseman en 2018 -, cette manifestation offre chaque début d’année une approche différente de l’histoire de l’art et une plongée au cœur de la création. Pour la programmatrice, également déléguée générale du festival qu’elle a initié, « il est intéressant de questionner à la fois le regard que portent les cinéastes sur les autres arts et les relations qui s’établissent entre les champs artistiques ». Cette année, une soirée à été consacrée à Pierre Henry et à son approche de l’image par la musique concrète. « Le Festival est très attentif à l’interdisciplinarité et aux effets de porosité entre les arts ». L’année précédente, le célèbre tableau Guernica de Pablo Picasso était au cœur d’une de ces Journées. « Le tableau a fait l’objet de plusieurs films avec des regards très différents, très atypiques. Donc l’idée était d’interroger ces visions différentes ». A cette occasion, Carlos Saura était venu parler de son projet de film sur le chef d’œuvre espagnol.

Films sur l’art et critofilms

Corpus mal répertorié et peu restauré, les films sur l’art sont un peu le parent pauvre du documentaire. En constituant une collection historique au milieu des années 90, l’Auditorium du Louvre a souhaité leur redonner leurs lettres de noblesse. Sous-titrés et numérisés, ces films sont projetés en formats originaux et circulent parmi les institutions. « Le film sur l’art est aussi ancien que le cinéma », note Pascale Raynaud. « En effet, certaines vues réalisées par les opérateurs Lumière à Jérusalem, à Venise ou en Egypte peuvent être considérées comme les premiers films sur l’art. Ils se sont intéressés dès les débuts à l’histoire de l’art ». Dans les années 1920, Gaumont et Pathé ont sorti toute une collection de films de géographie ou d’histoire à destination des écoles. Beaucoup sont considérés comme des films sur l’art et constituent une partie du fonds de l’Auditorium, qui compte désormais une centaine de films, acquis ou déposés.

« Nous avons acquis des copies de film 16 ou 35 mm, soit auprès d’institutions soit auprès de réalisateurs qui ont fait des dépôts ». Parmi les grands cinéastes du film sur l’art, une belle place est donnée aux Italiens. Y figurent Luciano Emmer, qui a beaucoup œuvré dans les années 1950-1960 autour de la peinture italienne, et Carlo Ludovico Ragghianti, le créateur des critofilms. “Historien de l’art, Ragghianti étudiait les œuvres avec les moyens du cinéma”, explique Pascale Raynaud. “Il considérait que si on filmait les œuvres du point de vue des artistes qui les avaient réalisées, on offrait aux spectateurs une vision plus fidèle à l’attention de l’auteur, et de ce fait, plus intelligible. »

A la fois plongée dans la création artistique et formidable médiation des collections du Louvre et de l’histoire de l’art en général, la collection des films sur l’art et la programmation cinéma de l’Auditorium enrichissent la proposition culturelle du Louvre et attestent de son ambition pluridisciplinaire et universelle.

Retrouvez la programmation « Autoportrait en voyageur » dans l’article que nous lui avons consacrée et toute la programmation de l’Auditorium du Louvre sur le site du musée.

(En couverture : Agnès Varda pour les Journées internationales du film sur l’art 2017)