Symphonie pour un massacre, de Jacques Deray (1963)

symphonie pour un massacre afficheL’intrigue

Sur un gros coup avec quatre truands, Jabeke entend faire cavalier seul pour rafler la mise et entreprend d’attiser la haine entre ses complices.

France – 1963
avec Jean Rochefort Charles Vanel, Michel Auclair

Restauration 2K.

 

 


Mélodie pour un tueur

La carrière de Jacques Deray semble curieusement scindée en deux, entre ses films rococos forgés avec les grandes stars du cinéma français comme Borsalino ou La Piscine, et un autre cru bien plus brut de décoffrage, des polars acerbes, lancinants et réalistes. Symphonie pour un massacre appartient à cette seconde catégorie. C’est un film noir qui s’inscrit dans la tradition d’Henri Decoin, froid, clinique, au noir et blanc épuré. Grâce – entre autres – au regretté Jean Rochefort, brillant en truand monolithique, cet excellent thriller est à n’en pas douter, par son épure, la force de son scénario et de ses personnages, l’un des meilleurs films du cinéaste

Un coup d’oeil aux collaborateurs du film suffit pour comprendre sa tonalité et la réussite de son écriture : l’adaptation est de José Giovanni (qui joue d’ailleurs dans le film), auteur et futur scénariste du Deuxième Souffle, qui a travaillé avec Deray lui-même sur le roman d’Alain Reynaud-Fourton, Les Mystifés. La noirceur injectée dans Symphonie pour un massacre est propre à Giovanni, travaillant dans chaque séquence l’amoralité des personnages, toujours avec cette sensation de fatalité. Aux dialogues, on retrouve également Claude Sautet, alors qu’il n’avait pas encore entamé le pan de sa carrière consacré au drame, à ce moment-là fort du succès de son excellent premier long-métrage, Classe tous risques, scénarisé par… José Giovanni. Le tempo scénaristique rythmé par le trio Deray-Sautet-Giovanni génère des scènes d’une tension absolument formidable. Le spectateur a tout le temps de contempler perversion dévorer les personnages façon tragédie, quand tout est joué d’avance. Pour exemple, cette confrontation entre Jean Rochefort et le génial Charles Vanel, à l’issue déjà funeste, traitée en longueur par le scénario.

symphonie pour un massacre 2

En écho à l’écriture, le formalisme de Symphonie pour un massacre est stupéfiant : d’un côté extrêmement sobre, de l’autre stylisé par la précision de la photographie de Claude Renoir. Son éclairage sculpte un autre visage à Jean Rochefort – jusqu’alors sympathique second rôle comique – devenant ici fichtrement inquiétant, impression d’autant plus renforcée par son jeu apathique. Le sentiment de double-identité s’accentue d’autant plus avec la splendide musique mélancolique de Michel Magne qui accompagne cette symphonie morose. L’élégance du noir à la française.


L’édition DVD/blu-ray de Symphonie pour un massacre est accompagnée d’un entretien hélas peu palpitant entre François Guérif et Jean-Philippe Guérand à propos du film (27′).

Sortie le 11 avril 2018 par Pathé.

Symphonie pour un massacre dvd