L’ADIEU AUX ARMES

adieu aux armes afficheL’intrigue

1917, la Première Guerre mondiale fait rage sur le front italien. Le lieutenant Frédéric Henry retrouve son ami le Major Rinaldi qui attend avec impatience l’arrivée de Catherine Barkley, une infirmière anglaise. Le soir même, Frédéric rencontre Catherine de façon inattendue pendant un bombardement autrichien. Les deux jeunes gens tombent amoureux. Lorsque Frédéric retourne au front, Rinaldi, jaloux, fait transférer Catherine à Milan. C’est alors que Frédéric est sérieusement blessé…

Primé aux Oscars en 1934, L’Adieu aux armes de Frank Borzage est la première adaptation cinématographique du célèbre roman d’Ernest Hemingway. Grand classique de la littérature américaine, il dépeint avec brio une histoire d’amour singulière au cœur d’un conflit absurde. L’une des plus puissantes et incontournables évocations de la guerre adaptée à l’écran.


adieu aux armes

A l’amour, à la mort


L’entrée en guerre tardive des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, en 1917, n’a néanmoins pas empêché ou amoindri le trauma partagé avec les autres nations. C’était pour l’Amérique – comme pour le reste du monde – le choc d’une guerre moderne qui bouleverse toutes les réflexions préalablement entretenues sur le sujet, le choc d’une armée de boyscouts encore équipée avec des shorts et chapeaux de cowboys. Hollywood n’a cessé de ressasser le sujet durant les années suivantes, en muet (La Grande parade, avec, déjà, une apparition de Gary Cooper), en parlant (A L’Ouest rien de nouveau), en couleur (partiellement du moins, dans Les Anges de l’Enfer) et jusque dans les airs (Les Ailes). L’Adieu aux armes est peut-être le premier grand mélo hollywoodien du cinéma parlant sur le sujet, adaptation d’un roman d’Ernest Hemingway – que ce dernier conspua. C’est la manière qu’a Borzage de s’approprier un tournant d’histoire, contemporaine ou non, comme il le renouvellera, avec une autre guerre mondiale, dans The Mortal Storm, en 1940.

adieu aux armesFrank Borzage ne s’intéresse pas tant à la Grande Guerre au-delà de quelques évocations, qui n’est qu’une toile de fond à la romance entre un officier (Gary Cooper) et une infirmière (Helen Hayes). Le film aurait pu se dérouler lors d’un autre conflit, l’essence n’aurait pas été tant que cela altérée. C’est peut-être, d’ailleurs, ce qui le différencie de son remake faste de 1957 signé Charles Vidor. Le faste, en fin de compte, Frank Borzage l’applique au filmage de la romance, qui déploie un dispositif cinématographique proprement étourdissant. La grâce des travellings et des mouvements de grue soignés, les longs plans et autres expérimentations (un passage entier tourné à la première personne) préfigurent déjà le formalisme de David Lean, et forcément celui de Steven Spielberg. L’Adieu aux armes est un chef-d’œuvre de mise en scène. Et pour cause, c’est le grand Charles Lang qui a photographié le film (collaborateur de Fritz Lang, Henry Hathaway, Joseph L. Mankiewicz, Billy Wilder…).

D’un côté, c’est l’affirmation, superbe, d’un règne de glamour hollywoodien, une appropriation par le romantisme ; de l’autre, c’est aussi un paradoxe qui naît face à la gravité sujet, et qui a sans doute fortement déplu à Hemingway. C’est d’ailleurs ce que témoigne l’alchimie du duo d’amoureux tragiques, entre la star naissante du cinéma, Gary Cooper, et celle du théâtre, Helen Hayes. Frank Borzage profite d’ailleurs de cette période pré-Code Hays pour filmer la sexualité inhérente au couple, dont les allusions sont plus qu’explicites (une relation sexuelle hors-mariage). Comme un cocon érotique qui se créé, bientôt déchiré. Certes pas des gueules cassées, mais peut-être des âmes brisées.

L’Adieu aux armes est disponible en DVD, édité par Lobster Films depuis le 8 décembre 2017.

Le DVD est accompagné de deux bonus : Le décès d’Ernest Hemingway (1961), actualité d’époque, et Dans la tranchée (1917), contrepoint documentaire du contexte.

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