DÉLUGE

délugeL’intrigue :

Une série de catastrophes naturelles frappe le monde. Les éléments se déchaînent, les grandes métropoles comme New-York se retrouvent détruites sous le coup d’énormes séismes, ou englouties sous les raz-de-marée. Au lendemain du désastre, une poignée de survivants tente tant bien que mal de survivre. Martin, séparé de sa famille qu’il croit disparue, tombe éperdument amoureux de Claire, une jeune femme en proie à une bande de malfrats qui tente de la kidnapper…


ezgif.com-optimize(16)

New York, New York


Allons, ne nous mentons pas, le genre du film-catastrophe est le plaisir coupable de tout cinéphile, rien que par appréciation des dispositifs de mise en scène qu’il permet, comme si le cinéma avait été inventé pour casser le monde. Les cycles de cinéma de catastrophe sont allés et venus en fonction des époques, des nombreuses kitcheries des 70’s (Le jour de la fin du monde) au canon Roland Emmerich qui domina toute la fin des années 90 et le début des années 2000, jusqu’au point d’orgue, le navet ultime, le film-catastrophe qui devint méta et détruisit à son tour le genre à Hollywood : 2012. Néanmoins ce fut aussi l’occasion d’un chef-d’œuvre pour Lars Von Trier et son Melancholia. Bref, il y a de quoi faire. Déluge est notamment la matrice de tout ce petit courant, posant des fondations qui seront reprises de décennies en décennies. L’occasion de voir New-York (sans doute la ville la plus de fois rasée dans l’histoire du cinéma) connaître son dépucelage destructif.

déluge 3Paradoxalement, la construction de Déluge est l’inverse de tout ce qui s’est fait depuis. Ici, la catastrophe est au début du film, expédiée dans les quinze premières minutes, sans plus attendre. Quelques palabres annonçant le cataclysme, une intrigue familiale qui se met en place, et c’est réglé : place à l’Empire State Building qui s’effondre (la même année, le bâtiment est pris d’assaut par King Kong, aussi produit par la RKO), au raz-de-marée qui engloutit la Statue de la Liberté, aux plaques qui se séparent. C’est la grande attraction du film : un dizaine de minutes, discontinues, de destruction incroyable, notamment dans la recherche de ses effets visuels (maquettes, ralentis, incrustations…) qui d’une part, ne manquent pas de charme, d’autre part, assurent un spectacle qui a aujourd’hui disparu à l’ère des productions en images de synthèse : quelque chose se passe à l’écran, la réalité d’un monde – même miniature – qui se détruit. Une poignée de films avaient œuvré, en guise d’expérimentation, dans les mises en scène de destruction, comme le Ben-Hur de Fred Niblo (1925) utilisant les mêmes procédés d’incrustation pour voir des malheureux écrasés.

déluge 4La seconde et plus large partie de Déluge est en réalité un post-apocalyptique. On peut aussi lui reconnaître une nature matricielle par rapport à un courant qui sera davantage exploité dans les années 70 : des images d’étendues vide, des désolations urbaines, une humanité à reconstruire. Wasteland des années 30, peut-être pas anodin, seulement quelques années après le début de la crise et son déluge social. Détail intéressant : chassez le naturel, il revient au galop. Alors que la vie en ville (ou dans ce qu’il en reste) cherche à retrouver son quotidien, une vente aux enchères, à moitié bidon car plus personne n’a d’argent, est néanmoins l’occasion de renouer avec le capital. Étonnant besoin de reconstruire la même société, jadis terrassée. Au-delà de quelques moments amusants, tout ce chapitre est néanmoins bien anecdotique, tourné sans grande conviction, loin de la jouissance cinématographique des premières minutes. L’essentiel étant que l’ensemble demeure, tout de même, un divertissement sympathique derrière une vraie pépite historique.


deluge jacquetteDéluge est disponible en DVD, édité par Lobster Films depuis le 11 décembre 2017. Le film est accompagné en bonus d’extraits des Derniers Jours de Pompéi d’Ernest B. Schoesack (1935), d’un documentaire The Destruction of San Fransisco (1906) sur le séisme et l’incendie qui a ravagé la ville et enfin Survival Town (1955), sympathique court-métrage institutionnel de l’ère atomique, expliquant que, peut-être, on a des chances de survivre, en cas de détonation nucléaire, si l’on vit dans une ville bétonnée.

Déluge fait preuve d’impressionnants effets spéciaux malgré l’absence de technologie numériques contemporaines et un maigre budget de 171 000 $. Pendant longtemps d’ailleurs, les images disparues de Déluge sont restées invisibles alors que certaines séquences d’effets-spéciaux trouvèrent place dans d’autres productions de la RKO, le souvenir du film ne survivant qu’au travers de vieux magazines.

Au début des années 1980, une copie doublée en italien fut retrouvée dans une archive italienne sous le nom de La Distruzione del Mondo. C’était la seule copie du film disponible à l’époque. Jusqu’à une conversation impromptue il y a deux ans : en 2015, George Willeman, de la Library of Congress, mentionna à Serge Bromberg qu’il avait entendu qu’une copie de la version anglaise originale de Déluge se trouvait possiblement dans les archives françaises du CNC à Paris. Guidé par cet indice, l’équipe de Lobster alla au CNC et y trouva un négatif nitrate en début de décomposition. Les images et le son du film furent restaurés dans les laboratoires de Lobster Films, et la restauration de Déluge fut diffusée pour la première fois en septembre 2016 à l’occasion de l’Etrange Festival, à Paris.