Coffret « A l’origine du génie Chaplin »

Chaque année, Lobster se taille une place de choix parmi les meilleures idées de cadeaux pour Noël. Entre Buster Keaton, les Pionniers de l’Animation ou encore les Kings of Comedy, il y a toujours un coffret qui rétablit un pan du cinéma muet ou des premiers temps et très souvent avec de grands éclats de rire.

the immigrant gifC’est encore le cas cette année avec un coffret double DVD en édition limitée à 1000 exemplaires consacré à Charlie Chaplin nommé « A l’origine du génie Chaplin » et composé de deux documentaires : La Naissance de Charlot et Sydney, l’autre Chaplin, tout deux réalisés par Serge Bromberg et Eric Lange.

En plus de ces deux documentaires de 50 minutes chacun, le coffret nous offre plus de deux heures de bonus qui sont des courts-métrages de Charlie et Sydney Chaplin dont Lobster a les droits et qu’ils ont restauré comme le sublime Kid Auto Races of Venice, Cal  (1914).

Seul petit bémol, le packaging pour le coffret est superbement pensé mais un peu light. Le tout est contenu dans une boite circulaire en aluminium, prenant la forme d’une bobine de pellicule, qui est un peu trop fine. On aurait préféré un métal plus épais comme pour les steelbooks offrant plus de résistance mais cette déception est vite balayée par le photogramme du film Easy Street offert dans le coffret sous forme de porte-clef, afin d’avoir toujours un peu de génie burlesque sur soi.

sydneylautrechaplinSydney, l’autre Chaplin

On pensait tout savoir de Charlie Chaplin mais Serge Bromberg et Eric Lange parviennent à nous faire découvrir encore aujourd’hui un acolyte essentiel à la création du génie comique qui n’est autre que son Sydney Chaplin, son frère ainé. Assez émouvant, le documentaire montre l’étroite relation unissant les deux frères, de Sydney devenu musicien sur des navires subvenant aux besoins de son cadet et de sa mère à Charlie comédien pour les music-halls trouvant des rôles pour son frère.

Accordant la parole au plus éminents spécialistes de Chaplin (dont son biographe officiel David Robinson ou encore Kevin Brownlow), Lange et Bromberg réalisent un film d’une grande richesse quant à la précision de sa documentation. Il y a comme souvent ce savoir-faire chez eux lorsqu’il s’agit de raconter le cinéma par le petit bout de la lorgnette, de réinventer une histoire du 7ème à partir d’une personnalité oubliée, d’anecdotes intimes, et de nous faire reconsidérer toute une généalogie que l’on croyait évidente et acquise.

C’est aussi le portrait d’un homme resté dans l’ombre de son frère alors qu’il était extrêmement populaire aux alentours de 1914, un tempérament difficile qui avait plus de facilité à négocier les contrats de Charlie que de ne pas rompre les siens. Bromberg et Lange montrent de manière ludique et didactique comment Sydney Chaplin est passé de comédien brillant aussi renommé que Charlie à businessman de l’ombre d’abord agent de son frère mais aussi conseiller artistique et a vécu mille autres choses en rapport ou non avec le cinéma.

On regrette que la forme soit si sage, que la voix douce et enjouée de Bromberg ne serve qu’à illustrer des documents d’archives allant de photographies d’époque à des extraits de films. Les deux compères réalisent néanmoins un documentaire extrêmement intéressant et poursuivent cette exploration d’un cinéma que l’on pensait connaître mais qui ne cesse de nous surprendre.

lanaissancedecharlotLa Naissance de Charlot

Texte de Marc Moquin

La confusion entre Charlot et Charles Chaplin est peut-être une singularité dans l’histoire du cinéma, où le personnage n’est plus distingué de l’interprète, sans savoir lequel a réellement pris le pas sur l’autre, jusqu’à ces mots finaux du Dictateur qui engendreront, à leur tour, un autre Chaplin, plus vieux, plus mélancolique. La Naissance de Charlot, de Serge Bromberg et Eric Lange, revient sur la genèse du comique le plus célèbre du monde – mais encore une fois, qui est le comique ? Le personnage, ou l’interprète ?

Des essais, des prototypes jusqu’à la version définitive, le documentaire retrace la constitution du personnage, et l’évolution de son interprète dans une nouvelle industrie cinématographique, celle où l’on devenait réalisateur après avoir été conducteur de tramway, comme l’autrichien Henry Lerhmann, collaborateur de la Keystone auprès de Mack Sennett. Un rêve très américain dont Chaplin était devenu le symbole, lui, déjà l’acteur le mieux payé du monde – et ceci en partant d’un vagabond, le fameux tramp, dont il aura bien vite fait de faire déposer l’image. C’est par ailleurs l’occasion de revenir sur le merchandising Chaplin, histoire de rappeler que tout ne vient pas de George Lucas, et que très tôt, le cinéma a inspiré cette propension à être décliné sous toutes ses coutures, jusqu’à l’absurde. Parce que Chaplin représentait aussi ce tout, cet absolu américain, cette réussite que chacun souhaitait dupliquer ou, tout du moins, posséder une petite part, comme un rappel.

Et puis il y a les films, leur création, la légende voulant que Chaplin ait utilisé autant de péloche pour filmer l’un de ses grands films, The Immigrant, que D.W. Griffith sur Intolérance. A l’époque où certains ne se gênaient pas pour usiner de la comédie bon marché, Chaplin y voyait déjà d’autres perspectives, un autre art, un autre engagement. Le documentaire est par ailleurs perçu avec une certaine naïveté, qui fait presque se confondre fiction et réalité, narré par Bromberg et ses souvenirs de gamin, devant son projecteur super 16 et la découverte des films de Charlot. L’illustration parfaite d’un cinéma transgénérationnel, constamment redécouvert comme il a été constamment réinventé.

« A l’origine du génie Chaplin » est édité par Lobster Films et disponible depuis le 23 octobre 2017.