BLAST OF SILENCE

L’intrigue :


Retiré des affaires depuis quelques temps, Frankie Bono, tueur à gages, revient à New York pour un dernier contrat : l’assassinat d’un gangster de moyenne envergure. Lors de sa traque, il s’emploie à éviter tout contact avec sa future victime. Mais excédé et distrait par sa rencontre avec une vieille connaissance, il va commettre une nouvelle erreur…

 

Neo noir et tir à blanc


« Tu es né dans la douleur. » La voix-off ne pouvait être plus prophétique pour Allen Baron en ouverture de son premier long-métrage – et dernier, penseraient certains. Qui pourrait croire aujourd’hui, avec la remise à neuf de son master, que Blast of Silence n’ait permis à son auteur de percer à Hollywood ? Sa sortie dans un nombre limité de salles par Universal en avril 1961 n’aura ainsi laissé aucune chance à son réalisateur en devenir de poursuivre une juste carrière par la suite. Or, la réévaluation anachronique de ce premier film tient également du fait qu’il se situe à la croisée des genres et des styles du début des années 1960, prémices de cette grande mutation à venir du cinéma traditionnel. Car dans le genre où il s’inscrit, Blast of Silence garde d’abord une vision très rigoriste des codes du film noir.

18617018.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxScénariste et réalisateur, Allen Baron tient aussi le rôle principal de ce tueur à gages allergique aux fêtes de Noël qui prépare son dernier coup avant de raccrocher les gants. La voix off de Lionel Stander s’ajoute aux gangsters aux longs imper’, pistolet équipé de silencieux, boîte de nuit underground, indic’ pitoyable, belle effarouchée, filatures, sales morts… Tous les ingrédients nécessaires au bon polar, suivant scrupuleusement la recette qui en aura fait le succès. Même si au bout de vingt ans d’usage, la bonne soupe à papa peut aisément tomber dans un fadasse potage. C’est ainsi que se présente sur sa première partie Blast of Silence, qui pêche sur ses références éculées et son narrateur omniprésent sur la piste sonore. On serait prêt à refiler au pauvre bleu d’Allen Baron une belle paire de chaussures en ciment, avant de l’envoyer barboter dans l’Hudson River pour avoir eu l’outrecuidance d’avoir tenté de trop en faire en imitant les illustres maîtres du genre.

Cependant, quelque chose d’autre nous tient en haleine. Un gros plan en contre plongée, une très brève séquence au montage dynamique sur un morceau de jazz, une skyline newyorkaise méconnaissable en 2017, les caméras embarquées, des travellings le long des trottoirs des avenues, de jour comme de nuit… Le scénario prend une autre dimension à l’image. Une image qui aura fait de la contrainte un avantage. Ne bénéficiant clairement que d’un mini budget, Baron s’en remit aux décors naturels pour donner sa touche à son Blast of Silence. L’intervention d’Erich Kollmar derrière la caméra fut salutaire pour la photographie de Merrill S. Brody. L’expérience de Kollmar en chef opérateur du Shadows de John Cassavetes s’en ressent sur le film d’Allen optimisant chacun de ses plans, sans craindre les ombres de la nuit ou des conditions climatiques plus périlleuses. Il faut dire que Blast of Silence a le mérite de proposer une séquence tournée en marge de l’ouragan Donna qui frôla la côte Est des États-Unis !

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Le premier long-métrage d’Allen Baron s’inclut donc en amorce naturelle de cette branche du neo noir : cette cinématographie principalement sous influence européenne dans laquelle on retrouve des Samuel Fuller ou des Jean-Pierre Melville. Ce sera ainsi plus pour sa griffe esthétique d’avant-garde, doublée de la belle partition musicale de Meyer Kupferman, que l’on retiendra ce Blast of Silence, au ton encore maladroit et pétri du film noir classique, limitant son casting pour éblouir l’écran et ne laissant la possibilité à son réalisateur d’écrire l’histoire du genre qu’après coup.

Sortie en version restaurée le 6 décembre 2017