Brian De Palma – livre d’entretiens réédité par Carlotta

Pourquoi consacrer un livre d’entretiens à Brian de Palma ?

Tout comme Friedkin, il ne nous semblait pas considéré à sa juste valeur. Certes, il était mieux considéré en France qu’aux Etats-Unis : des gens le défendaient, notamment aux Cahiers du Cinéma. Mais De Palma n’a jamais donné beaucoup d’interviews, hormis celle du numéro Made in USA des Cahiers en 1982. Aucun livre d’entretiens ne lui était consacré. Or c’est une forme qui nous paraissait très excitante. On avait beaucoup de questions à lui poser concernant son rapport à Hitchcock et sa biographie. On savait relativement peu de choses sur sa vie, sa jeunesse, ses rapports avec les cinéastes du Nouvel Hollywood.
Ce qui nous intéressait surtout, c’est le côté extrêmement visuel de ses films : il raconte ses histoires d’abord avec les images, davantage que Scorsese ou Spielberg. Il sait utiliser toutes les ressources de la caméra. Enfin, on voulait aussi en faire un livre sur sa génération de cinéastes. Au moment où on commence les entretiens en 1995, De Palma nous semble loin d’être un cinéaste sur le déclin. Il est en train de réaliser quelques-uns de ses meilleurs films.

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De Palma s’est-il montré coopératif avec vous ?

Oui. Il a accepté toutes les questions qu’on lui proposait. Par moments, c’était quasi de la psychanalyse ! Il nous a raconté ses conflits oedipiens avec son père, sa mère. Il nous a appris des choses que ni Samuel ni moi ne connaissions. Le livre donne un nouvel éclairage sur son œuvre. On a pu mesurer à quel point son œuvre était autobiographique, ce qu’on ne soupçonnait pas. On pensait qu’il ne fonctionnait qu’à partir des films des autres pour fournir des films personnels, Hitchcock, Antonioni. Or dans la plupart de ses films, il y a beaucoup d’éléments extrêmement personnels. Une anecdote personnelle sert souvent de déclencheur à l’écriture de son scénario.

Lui trouvez-vous des héritiers dans le cinéma contemporain ?

Des héritiers, je ne pense pas. Mais David Fincher n’est pas loin de ce que pouvait faire De Palma à une époque. The Game est un film qu’aurait pu faire De Palma. Fight Club, aussi, par son côté contestataire, anti-consumériste, un peu anarchiste, très proche de l’esprit des années 60, et qui s’achève par des tours qui explosent, un peu comme dans Hi Mom. N’oublions pas que Le Dahlia noir devait d’abord être adapté par David Fincher.

On a toujours tendance à ramener de Palma à Hitchcock.

Oui, mais les rapports de Hitchcock-De Palma se résument essentiellement à 4 films : Sœurs de sang, Pulsions, Body Double, Obsession.

DePalma Blow OutQuels sont vos De Palma préférés ?

Ça se joue entre Blow Out, L’Impasse et Obsession. J’aime beaucoup Pulsions pour sa forme, extrêmement travaillée ; j’ai plus de réserves sur son scénario, qui a un peu vieilli. J’avais beaucoup aimé Outrages au moment de sa sortie, c’était un de mes préférés ; en le revoyant récemment, je l’ai trouvé un peu trop appuyé, le jeu de Sean Penn excessif. Body double comporte une première heure parfaite. On a toujours beaucoup de plaisir à voir et revoir ses films. Je lui trouve toujours une modernité dans sa manière de filmer. Son cinéma n’a pas vieilli, parce qu’il est très visuel.

Pourquoi le livre n’avait-il pas été réédité depuis sa parution initiale ?

Calmann Lévy ne voulait plus éditer de livres de cinéma, à part le livre de Michel Ciment sur Kubrick. L’édition de beaux livres de cinéma a décliné. L’essor des DVD avec les suppléments et commentaires des cinéastes a enlevé un part de l’intérêt des livres d’entretiens. Ensuite, il y a eu la concurrence d’Internet. Et De Palma est peut-être passé un peu de mode… Calmann Lévy nous a redonné les droits. Vincent Paul-Boncour, de Carlotta, éditeur de DVD, s’est dit intéressé. Comme il détenait les droits video de beaucoup de De Palma, il a souhaité en faire un coffret livre-DVD, sans brader la version livre.


Découvrez l’intégralité de l’entretien sur Cineblogywood :

1e partie : « On a mis sept ans pour mettre en place ces entretiens »

2e partie : « Par moments, c’était quasi de la psychanalyse ! »

3e partie : « De Palma, c’est un cinéma du jaillissement, du sexe et du sang »

Le coffret collector livre/DVD Brian De Palma réédité par Carlotta est disponible depuis le 11 novembre 2017

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